sur le
billet de Mister B. et plus particulièrement sur la phrase d'un
con que j'ai également entendue ce matin, à savoir : "le monde entier ou presque a choisi le capitalisme" donc c'est un bon système !
Franchement faut oser le dire ! Vrai que cela semble une marque de fabrique pour les gens de Neuilly : ils osent tout dire, c'est même à ça qu'on les reconnait ! ;)
Cette phrase m'a fait plonger en pays de souvenirs... comme quoi tout arrive :)
Du coté de ma génitrice, son père était laveur de vitre principalement et alcoolique accessoirement. Forcément tu m'diras, la plupart de sa clientèle étant des bistrotiers, il y avait échange de bons procédés, je te lave un carreau, tu me paies un pot. Cela le faisait bien vivre, tellement bien même qu'il en est mort j'avais même pas un an.
Sa femme, ma grand-mère, faisait femme d'ouvrage. Mais pas n'importe où hein ! chez Solvay, enfin dans les bureaux. Histoire de ne pas ternir la légende familiale selon laquelle la famille était de noblesse française, petite (et incertaine) chassée par la révolution. Forcément quand on s'appelle De Coux, ça donne à réfléchir ! rires... (et non pas la peine de m'envoyer un généalogiste, je n'en ai rien à fiche ;)
Du coté de mon père, c'était pas très différent. Un père paysan, bricoleur et touche à tout. Même qu'un jour il a inventé un chauffe-eau, dont il a vendu la licence un jour de dèche, paraît que ce bidule c'est appelé "Boiler" après. Je crois qu'il a fait tous les métiers, et surtout celui de révolté permanent contre un système qui lui convenait de moins en moins.
Sa femme était couturière, elle cousait des robes, des manteaux, des costumes, pour les friqués du coin. Elle tricotait aussi, des bonnets, des gants, des chaussettes. Puis connaissait l'art de la dentelle.
Et ces 4 là, qui ont vécu la dernière guerre et même celle d'avant, ces 4 là, ont vu leurs conditions de vie s'améliorer. Un peu. Ils écoutaient la radio, les promesses du Front Populaire, ils voulaient une vie meilleure pour leurs enfants. L'école, l'éducation, moyen d'en faire des "cols blancs", des bourgeois !
Vient l'époque ou ces enfants devinrent grands. Ils travaillaient dans un bureau, aux écritures. Ils ne se salissaient plus les mains dans l'huile, le ciment, le goudron. Ils n'étaient plus obliger d'accepter n'importe quel "petit" boulot !
La grande fierté pour mes grands-parents a été lorsque mes parents sont devenus "propriétaires" ! Quelle avancement ! Eux qui avaient loué des appartements ou des maisons souvent insalubres, leurs enfants les vengeaient ! La maison, leurs murs, leurs briques ! Quel bonheur !
Qu'ils soient endetté pour 25 ans n'entrait bien évidemment plus en ligne de compte, tout le monde le faisait ! pourquoi pas eux ?
Ma génitrice était femme au foyer, par goût ? par obligation ? Je crois plutôt à la deuxième solution, mon père ne voulant pas que sa femme travaille, par tradition. Lui avait un poste à la Sabena. Très fièr qu'il en était ! Quel must !
Alors oui, forcément ils ont foncé dans la pensée capitaliste. La maison 4 façades. La télé, noir et blanc. La voiture, (une DKV vert pomme et blanche ! beurk). Puis est venu le temps de la télé couleur, des robots de cuisine, des achats par correspondance -inutiles pour la plupart- des crédits pour la voiture suivante, des vacances, les ordis, les fringues hors de prix, etc...
Ont-ils pourtant choisi, en toute connaissance, ce mode de vie ? je ne crois pas...
On leur avait fait croire que leurs gosses vivraient encore mieux qu'eux et que les enfants de leurs enfants aussi forcément ! Le (soi-disant) bien-être et bien-vivre ne pouvait qu'être exponentiel !
Evidemment, il y avait les congés payés, la sécu, la pension pour laquelle on cotisait, l'assurance chomage ensuite, tout était prévu !
Seulement la machine à grippé, et ce depuis les années 70. Personne n'a voulu rien voir, rien entendre. Surtout ne pas alerter le peuple. Mais petit à petit lui serrer la visse. Lui retirer mine de rien quelques libertés, quelques avantages "acquis". Sans avoir l'air d'y toucher hein ! T'ention !
Forcément, la pensée des gouvernants de l'époque était que "tant que le peuple à plus à gagner à rester sage qu'à perdre en se révoltant" nous pourrons continuer !
Preuve quand on a dit à mon père : soit vous accepter une diminution de 25% de votre salaire, soit la Sabena est faillite (déjà à l'époque) il a accepté ! Il avait deux mômes à charge, une maison à payer, une voiture à crédit, etc... Pas moyen de faire autrement. Le piège s'est refermé, la boucle commençait à se boucler...
N'est-ce pas ce qui continue depuis ?
Et on s'étonne que je rue dans les brancards ? rires